Les Misérables de Victor Hugo tome 4 : l'idylle rue Plumet et épopée rue Saint-Denis

Voici enfin l‘idylle rue Plumet et l’épopée rue Saint-Denis, la suite de Fantine, Cosette et Marius ! Nous en étions restés à l’apparition de l’amour entre Cosette et Marius, et nous assistons ici à une véritable métamorphose de l’adolescente en jeune femme sur une toile de fond historique mouvementée.

Marius s’est épris de Cosette dont il ignore tout (le prénom, l’adresse). Elle ne semble pas insensible à son charme si bien que Fauchelevent alias Jean Valjean qui a compris leur manège décide de ne plus aller se promener au jardin du Luxembourg et déménage. Mais Marius qui ne peut oublier sa bien-aimée va découvrir la maison de l’ancien forçat grâce à l’aide d’Éponine, la fille des Thénardier qui l’aime en secret.

Une relation amoureuse chaste et attendrissante naît et se développe entre eux, à l’insu de Jean Valjean. J’ai trouvé que ces passages contrastaient vraiment beaucoup avec les troubles qui se préparent dans les rues et dans les groupes d’étudiants amis de Marius. On voit bien à quel point les amoureux sont dans leur bulle, incapables de voir le monde qui les entoure. Le lecteur souhaite leur bonheur car les deux jeunes héros l’ont bien mérité après leur vie si difficile parfois ! Mais Jean Valjean a des projets pour Cosette qui risquent fort de compromettre leur bonheur…

Parallèlement, nous suivons Gavroche, fils des Thénardier, archétype du gamin de Paris. Ce jeune garçon, quoique fort pauvre se monte brave et généreux, gouailleur et chanteur, toujours en mouvement. Il touche particulièrement le lecteur, notamment dans les dernières pages de ce tome. Victor Hugo développe de nombreux chapitres sur l’argot que Gavroche maîtrise à la perfection et que l’auteur cherche à promouvoir comme une langue intéressante et véritable marqueur social des enfants des rues.

« Gavroche était un tourbillonnement. On le voyait sans cesse, on l’entendait toujours. Il remplissait l’air, étant partout à la fois. C’était une espèce d’ubiquité presque irritante ; pas d’arrêt possible avec lui. L’énorme barricade le sentait sur sa croupe. Il gênait les flâneurs, il excitait les paresseux, il ranimait les fatigués, il impatientait les pensifs, mettait les uns en gaîté, les autres en haleine, les autres en colère, tous en mouvement, piquait un étudiant, mordait un ouvrier ; se posait, s’arrêtait, repartait, volait au-dessus du tumulte et de l’effort, sautait de ceux-ci à ceux-là, murmurait, bourdonnait, et harcelait tout l’attelage ; mouche de l’immense Coche révolutionnaire. »

On retrouve alors un des thèmes chers à l’auteur : l’éducation du peuple qui va de pair avec le combat contre la pauvreté.

« La croissance intellectuelle et morale n’est pas moins indispensable que l’amélioration matérielle. Savoir est un viatique ; penser est de première nécessité; la vérité est nourriture comme le froment. Une raison, à jeun de science et de sagesse, maigrit. Plaignons, à l’égal des estomacs, les esprits qui ne mangent pas. S’il y a quelque chose de plus poignant qu’un corps agonisant faute de pain, c’est une âme qui meurt de la faim de la lumière. »

Le thème essentiel de la seconde moitié de cet opus concerne les faits de société contemporains de l’écrivain. Celui-ci commence par distinguer l’émeute de l’insurrection et décrit avec brio les événements qui se sont produits en 1832. Les descriptions minutieuses nous donnent l’impression d’assister vraiment aux faits, nous tremblons pour les protagonistes et nous attendons, suspendus aux lignes de Victor Hugo l’issue de la bataille qui s’annonce.

On retrouve aussi la célébration de la ville de Paris à travers ses barricades. On ne peut s’empêcher de trouver ce tome étonnamment moderne : la révolution qui gronde ressemble fort aux manifestations comme celle des gilets jaunes ou à d’autres émeutes dans le monde. C’est justement à leur côté universel et indémodable que l’on reconnaît les chefs d’oeuvre. Très politique, cette partie des Misérables est aussi pour Victor Hugo une façon d’exprimer ses idées depuis son exil à Guernesey…

 « Premier problème : Produire la richesse. Deuxième problème : La répartir. Le premier problème contient la question du travail. Le deuxième contient la question du salaire. Dans le premier problème il s’agit de l’emploi des forces. Dans le second de la distribution des jouissances. Du bon emploi des forces résulte la puissance publique. De la bonne distribution des jouissances résulte le bonheur individuel. Par bonne distribution, il faut entendre non distribution égale, mais distribution équitable. La première égalité, c’est l’équité. De ces deux choses combinées, puissance publique au dehors, bonheur individuel au dedans, résulte la prospérité sociale. Prospérité sociale, cela veut dire l’homme heureux, le citoyen libre, la nation grande. […] De quoi se compose l’émeute ? De rien et de tout. D’une électricité dégagée peu à peu, d’une flamme subitement jaillie, d’une force qui erre, d’un souffle qui passe. Ce souffle rencontre des têtes qui parlent, des cerveaux qui rêvent, des âmes qui souffrent, des passions qui brûlent, des misères qui hurlent, et les emporte. Où ? Au hasard. À travers l’État, à travers les lois, à travers la prospérité et l’insolence des autres.»

Bref, ce roman est absolument passionnant et j’ai hâte de lire le dernier tome et de partager mes impressions à son sujet !

Les Misérables, de Victor Hugo

Roman paru en 1862. 1667 chez Pocket (collection Étonnants classiques).

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