Les Misérables, de Victor Hugo

J’avais très envie de lire un bon gros pavé cet hiver et relire Hugo est toujours un plaisir. J’ai donc attaqué le premier tome des Misérables. Même si tout le monde connaît l’histoire, on ne se lasse pas de tant d’humanité et d’une si belle plume. Les Misérables sont divisés en 6 tomes. Le premier s’appelle Fantine.

On y découvre des personnages essentiels de cette œuvre célébrissime. L’intrigue commence par la description de la vie simple et honnête de Monseigneur Myriel qui vit chichement avec sa sœur et une servante à Dignes. Tous trois agissent conformément aux valeurs catholiques en faisant le bien, en montrant une bienveillance et une bonté sans borne, quitte à venir en aide aux exclus de la société. Passe par là Jean Valjean, qui vient de purger une longue peine de 19 ans dans le bagne de Toulon. Il a accompli plus d’années de détention pour avoir essayé de s’échapper que pour son « crime » initial, un simple vol de pain, et se voit rejeté de tous côtés par les aubergistes, en raison de son passeport jaune d’ancien forçat, équivalent d’une marque au fer rouge sur le front : personne ne veut de lui. Il finit par se retrouver chez l’évêque qui l’accueille et lui offre hospitalité, marque d’attention et gentillesse.

Cependant, au petit matin Jean Valjean, qui trouve profondément injuste de se retrouver rejeté par la société alors qu’il a purgé sa peine, vole l’argenterie de son hôte et s’enfuit. Il est rattrapé par la police et ramené chez Mgr Myriel, lequel le sauve en affirmant qu’il avait fait don de son argenterie à son invité. Il lui offre alors en sus deux chandeliers en échange de la promesse que Jean Valjean se conduira honnêtement à l’avenir.

La vie du célèbre héros va alors se trouver complètement transformée. Quelqu’un lui a enfin fait confiance, ce qui l’élève et le rend meilleur. Il va changer d’identité, œuvrer avec probité et bienveillance, et faire la connaissance de Fantine, jeune fille-mère…

Autant vous le dire tout de suite, on ne peut qu’être charmé-e par cette histoire. D’abord parce qu’elle est pleine d’humanité : on assiste à la re-naissance d’une personne grâce à la foi en l’homme et l’altruisme d’un autre homme. Ce roman prouve d’une part que le bien appelle le bien (et le mal appelle le mal). Mais il indique aussi que l’on peut changer, qu’il faut toujours laisser une deuxième chance aux gens. C’est d’un optimisme bienfaisant tellement agréable !… Du moins au début, parce que bien sûr, l’intrigue ne se termine pas forcément bien…

Ensuite, Victor Hugo est un excellent conteur. Il nous apostrophe directement par moments, donne son avis à d’autres, de manière très ponctuelle mais il fait en sorte que nous nous sentions impliqués dans ses propos. On tourne les pages avec avidité pour savoir si le terrible policier Javert, fin limier implacable reconnaîtra Jean Valjean, si Fantine parviendra à payer les horribles Thénardier pour « l’entretien » de sa fille Cosette etc.

D’autre part, les personnages brossés sont profondément complexes, notamment Jean Valjean qui sera mis à rude épreuve. Alors que l’ancien bagnard a réussi à se faire une place dans la société et s’appelle désormais M. Madeleine, un dilemme cornélien l’assaille : un homme est reconnu comme étant Jean Valjean et sur le point d’être condamné aux travaux forcés à perpétuité. C’est la fameuse « tempête sous un crâne » : le vrai Jean Valjean va-t-il se dénoncer pour sauver un innocent et renoncer ainsi à sa belle vie ou sera-t-il intègre jusqu’au bout, quitte à repartir au bagne jusqu’à la fin de sa vie ?

« La nature humaine se transforme-t-elle ainsi de fond en comble et tout à fait ? L’homme créé bon par Dieu peut-il être fait méchant par l’homme ? L’âme peut-elle être refaite tout d’une pièce par la destinée, et devenir mauvaise, la destinée étant mauvaise ? Le cœur peut-il devenir difforme et contracter des laideurs et des infirmités incurables sous la pression d’un malheur disproportionné, comme la colonne vertébrale sous une voûte trop basse ? N’y a-t-il pas dans toute âme humaine, n’y avait-il pas dans l’âme de Jean Valjean en particulier, une première étincelle, un élément divin, incorruptible dans ce monde, immortel dans l’autre, que le bien peut développer, attiser, allumer, enflammer et faire rayonner splendidement, et que le mal ne peut jamais entièrement éteindre ? »

Enfin, le romancier nous peint une frange de la population qui n’avait pas vraiment l’habitude d’être placée au rang des héros de roman : les malheureux, les déclassés, les pauvres. Hugo fait de ces misérables des héros fort sympathiques pour lesquels nous ressentons une inévitable pitié et un terrible sentiment d’injustice. Cette réalité sociale que le mouvement réaliste met en lumière au XIXe siècle est ici extraordinairement bien décrite. Même si aujourd’hui, en France du moins, la misère est sans doute un peu moins grande qu’à l’époque de Victor Hugo, on ne peut que constater, hélas, que les siècles passent mais la pauvreté demeure. Ce roman est donc d’actualité. Les événements abordés nous font aussi réfléchir sur le pardon, la réhabilitation, encore des thèmes d’actualité.

Les Misérables, de Victor Hugo

Roman paru en 1862. 1667 pages chez Pocket (collection Étonnants classiques). 

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7 commentaires sur “Les Misérables, de Victor Hugo (partie 1 : Fantine)

  • 18 janvier 2019 à 10 h 40 min
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    Ce qui m’a bouleversé dans ce roman, c’est de trouver des phrases qui énoncent des vérités absolues à chaque page, ou presque. Au début, je les notais pour moi, mais il y en avait tellement que j’ai vite arrêté ! Ce livre, c’est la beauté au service de la vérité. Les dernières phrases m’ont complètement bouleversée et je me les remémore encore avec beaucoup d’émotion.

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    • 21 janvier 2019 à 17 h 26 min
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      Je suis tout à fait d’accord avec toi, d’ailleurs je sélectionne beaucoup de passages qui me touchent particulièrement. En tout cas je me régale avec ce début. La suite arrive bientôt sur le blog… 😉

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      • 21 janvier 2019 à 21 h 52 min
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        Tout comme Fraupruno et toi, j’ai souvenir d’avoir surligné un nombre incalculable de passages des Misérables dans mon Kindle (en plus je venais juste de découvrir la fonction !)… Quel plaisir de lire cette œuvre de génie, où chaque phrase à son rythme, sa mélodie, sa place et tout son sens ! Quel auteur, quel roman ! J’attends la suite de ta critique avec impatience 🙂

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        • 31 janvier 2019 à 18 h 47 min
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          Merci Sophie ! Oui, c’est un chef d’oeuvre immense et intemporel dont je me délecte. À part les (trop ?) jeunes élèves obligés de le lire au collège en version abrégée, est-il possible de ne pas apprécier un tel roman ???

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  • 19 janvier 2019 à 10 h 39 min
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    J’avais lu la version intégrale de cette oeuvre magnifique, il y a quelques années. Un jour c’est sûr je la relirai…Tu as raison de dire qu’il est d’actualité car si les enfants ont aujourd’hui de l’instruction et que leurs droits sont énoncés, il n’en reste pas moins que dans certains pays, ils sont bafoués et que la pauvreté, même chez nous en Europe ne fait que gagner du terrain…Terrible constat !

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    • 21 janvier 2019 à 17 h 32 min
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      Oui, c’est terrible de voir que des enfants sont aussi malheureux de par le monde. C’est pourquoi il est nécessaire de lire et de faire lire des oeuvres aussi belles. Je me souviens d’un homme âgé qui nous avait abordés mon mari et moi dans le métro de Tokyo et découvrant que nous étions Français, il nous avait dit que le meilleur roman qu’il ait jamais lu était Les Misérables, il l’avait lu en anglais et en japonais ! (Il ne maîtrisait pas le français). À bientôt !

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  • 19 février 2019 à 13 h 42 min
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    C’est mon « choix de pavé » également ! Je le lis par morceaux entre deux lectures, c’est un vrai régal. Comme toi, je suis touchée par le condensé d’humanité que constitue cette œuvre. Et j’adore lire et relire sa préface … j’ai découvert il y a peu celle des Travailleurs de la Mer (sûrement mon prochain pavé !) qui est un merveilleux écho à celle des Misérables !

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