Malabourg, de Perrine Leblanc

Ce livre m’a été offert ma fille. J’avais envie de découvrir la littérature canadienne. Je ne connaissais pas cette jeune autrice alors c’était l’occasion de lire quelque chose de différent. J’avais lu il y a très longtemps Un ange cornu avec des ailes de tôle de Michel Tremblay que j’avais énormément apprécié, mais rien depuis en matière de littérature québécoise. Il fallait réparer ce vide culturel !

L’histoire se déroule dans une ville canadienne appelée Malabourg qui donne son titre au roman. Dans la première partie, trois jeunes filles disparaissent les unes à la suite des autres : d’abord Geneviève qui vient de découvrir qu’elle est enceinte, puis Maria et Liliane.

« Liliane entra dans l’eau comme une championne olympique. L’homme avait accroché un objet assez lourd au pied droit. Un visage de mort, gardé dans la poche d’air entre l’eau et la glace, sous les corps vivants des enfants qui patineraient sur la surface glacée dans les jours suivants, ça bouleverserait l’équilibre du village en deuil. Ce qu’il ne sut jamais c’est que le poids qu’il avait attaché sommairement au mollet se déposerait à quelques pieds seulement de la surface du lac, sur un haut-fond que le sonar de son bateau repérait pourtant lorsqu’il naviguait, l’été, et à cause duquel il devait alors relever son moteur menaçant de caler. »

Lorsque l’hiver cède enfin la place au printemps, au moment du dégel, on retrouve leurs cadavres. J’ai cru alors qu’il s’agirait d’un roman policier, mais pas du tout. Mina, une autre jeune fille du village, un peu différente des autres, isolée, rejetée, a été témoin d’un des meurtres. Elle connaît le criminel et il la connaît aussi mais la laisse en vie, persuadé qu’elle se taira.

Pas de suspens donc, puisque le lecteur apprend très vite qui est l’assassin et ce qui lui advient. On ne trouve aucune analyse de ce qui s’est passé, pas de mobile crédible pour tous les meurtres, très peu de sentiments par rapport aux faits. Bref on passe très vite à autre chose, affaire classée. Cela m’a laissé un sentiment d’inachevé assez désagréable. Le roman se poursuit alors avec une seconde partie très différente : on suit Mina qui part s’installer à Montréal ; elle y retrouve Alexis, un ami de Malabourg qui veut s’installer comme parfumeur et créer LE parfum dont il rêve.

Autant le dire tout de suite, je n’ai pas aimé cette lecture : je n’ai pas du tout compris quelle était l’utilité de l’intrigue, quel était son but : ce n’est pas un roman policier, mais pas non plus un roman psychologique : on ne voit pas bien l’intérêt de l’histoire. Même si la toute fin fait écho aux femmes disparues de la première partie, le lien est ténu et ne suffit pas à rendre l’ensemble bien captivant. La vie de Malabourg, qui aurait pu être secouée par le premier meurtre, semble reprendre le cours normal de son existence au rythme des saisons. Seule Liliane, lorsqu’elle comprend qui est l’assassin, devient folle.

Il en est de même pour les personnages : on en suit quelques-uns, mais sans jamais sonder leur profondeur. De ce fait, ils ne sont pas attachants, je les ai trouvés plutôt froids, sans épaisseur véritable. Même Mina et Alexis, les protagonistes de la seconde partie, sont d’une platitude terrible. C’est dommage car l’écriture fluide avec ses phrases amples aurait pu me plaire, à condition qu’elle fût au service d’une histoire intéressante, ce qui hélas n’a pas été le cas. Et encore, la fin du roman regorge de termes empruntés au monde du parfum que j’ai trouvés trop appuyés et au service de… de quoi déjà ? Ah oui, d’une histoire qui n’en est pas vraiment une. À croire que l’autrice a voulu ressortir tous les mots qu’elle connait sur la question, mais sans l’art de Patrick Suskind dans Le Parfum. Je ressors donc déçue de cette lecture, mais peut-être ne suis-je pas tombée sur le meilleur roman de cette autrice…

Malabourg, de Perrine Leblanc

Roman québécois paru en 2014. 175 pages chez Gallimard (collection Folio). 

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2 commentaires sur “Malabourg, de Perrine Leblanc

  • 24 février 2019 à 0 h 05 min
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    Pour découvrir la littérature canadienne, pourquoi ne pas commencer par Margaret Atwood ? Je ne l’ai jamais lue, mais elle est sans doute l’auteure (autrice tu dis ? Je ne sais pas) la plus connue de ce pays.

    Cette histoire a l’air trop glauque :/

    Réponse
    • 4 mars 2019 à 19 h 24 min
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      Je ne connais pas du tout cette autrice (oui même si ça m’a écorché les oreilles au départ, c’est pourtant le mot qui convient si on veut le féminiser, il existe en fait depuis le début du XVIe siècle ; mais les noms « auteure » ou « auteur » ne me choquent nullement) alors je te remercie pour ce conseil de lecture, je le note ! Et oui l’histoire est un peu glauque, mais je l’ai surtout trouvée insipide…

      Réponse

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