Zazie dans le métro, de Raymond Queneau

Pour mon classique du mois, je souhaitais relire du Queneau. J’avais aimé certains de ses poèmes, et bien sûr ses Exercices de style lus et relus abondamment. Mais étonnamment, je n’avais jamais lu son roman phare, Zazie dans le métro. C’est désormais chose faite et je ne regrette absolument pas ma lecture, bien au contraire, kèskeujmeusuimarée !

L’histoire se déroule après la seconde guerre mondiale. Zazie est une fillette effrontée d’une dizaine d’années qui se rend à Paris pour deux jours qu’elle va passer chez son oncle Gabriel. Elle rêve de prendre le métro. Pas de chance, le métro est en grève ! Elle va donc déambuler dans Paris, rencontrer divers personnages tous plus improbables les uns que les autres.

Ce qui séduit d’entrée est la langue, le style extraordinaire de Queneau. Il mêle sans vergogne différents niveaux de langage et se montre capable d’utiliser de l’argot, du subjonctif passé, des créations langagières, des familiarités dans une même page. J’aime l’idée que l’on voie ici à quel point la langue française est vivante, malléable et drôle. Le fameux « Doukipudonktan » initial ou « lagoçamilébou » montrent la richesse et l’inventivité de l’auteur. J’adore ! Divers calembours ou jeux de mots émaillent le récit.

« — Répéter un peu quoi ? […] elle se pencha pour proférer cette pentasyllabe monophasée :

— Skeutadittaleur… »

L’histoire quant à elle pourrait paraître un peu sordide, mais elle est traitée de telle façon que tout devient plutôt drôle. Zazie s’échappe de chez son oncle pour découvrir Paris, mais elle rencontre un type qui lui promet des « bloudjins » puis de la ramener chez elle. C’est d’une certaine manière un roman qui traite de la communication et de la difficulté à se comprendre.

« — On est tout de même pas forcé de dire tout ce qu’on dit, on pourrait dire autre chose. […] Il ajouta d’un air nostalgique : — Les mots n’ont plus le même sens qu’autrefois. »

L’embarras voire l’impossibilité des échanges est frappant dans plusieurs passages, celui de la déclaration d’amour de Charles (un ami de Gabriel) à la serveuse Mado Ptits Pieds, ou à chaque fois que le perroquet Laverdure ponctue le roman de sa phrase fétiche : « Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire »

C’est aussi un roman sur la vérité. L’identité de l’oncle Gabriel par exemple, est assez complexe pour l’adolescente. Zazie lui demande s’il est « hormosessuel » car il élude ou travestit ses propos à ce sujet. De la même manière, elle rencontre un drôle de type affublé de plusieurs noms (Trouscaillon, Bertin Poirée, Pédro-Surplus et j’en passe) qui possède plusieurs identités. Zazie hésite entre un pédophile et un policier, pas moins !  Enfin on a l’impression qu’un personnage, Marceline, l’épouse de l’oncle Gabriel, se transforme en Marcel à la fin du roman.

À l’image de la vie elle-même, semée d’imprévus et de rencontres, le roman semble se construire sous nos yeux et nous entraîne çà et là, et pas toujours là où on s’attendrait à le voir nous mener.

« […] pourquoi qu’on supporterait pas la vie du moment qu’il suffit d’un rien pour vous en priver ? Un rien l’amène, un rien l’anime, un rien la mine, un rien l’emmène. »

J’ai trouvé que ce roman à la langue si vivante nous parlait surtout de l’existence parfois facétieuse, parfois triste, dans un tourbillon de mots tous plus riches les uns que les autres. C’est très original et très créatif ! Je sais qu’il existe une adaptation cinématographique mais ne l’ai jamais vue, et vous ?

Zazie dans le métro, de Raymond Queneau

Roman paru en 1959. 288 pages chez Gallimard (collection Folio). 

Prix de l’humour noir – Xavier Forneret 1959.

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10 commentaires sur “Zazie dans le métro, de Raymond Queneau

  • 16 novembre 2018 à 9 h 51 min
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    Je n’ai jamais tenté de lire ce livre et pourtant j’en ai beaucoup entendu parlé ! Le livre a été adapté au cinéma aussi mais ça date 😉

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    • 23 novembre 2018 à 10 h 20 min
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      Je viens d’aller l’emprunter à la médiathèque et le visionnerai prochainement. Je pense que c’est relativement facile de créer la même ambiance que dans le livre, car il y a beaucoup de dialogues et c’est très vivant. Je te conseille de lire le roman qui est vraiment particulier et très riche.

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  • 17 novembre 2018 à 9 h 04 min
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    J’avais lu du Queneau en terminale, mais je n’avais pas du tout était sensible à son style. J’étais peut-être trop jeune à l’époque et pas assez mature. Il faudrait que je le relise, tiens!

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    • 23 novembre 2018 à 10 h 22 min
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      Oui, en fait c’est un roman assez drôle mais au lycée, on a plus l’habitude de lire des styles classiques alors là, ça décoiffe 😉

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  • 19 novembre 2018 à 11 h 29 min
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    Oh, quel plaisir de lire ta chronique, sur un livre que j’aime beaucoup également ! Tu me donnes envie de relire Les Fleurs Bleues, que j’avais étudié en Terminale (si je me souviens bien)
    J’ai pris du retard dans ma lecture de ton blog et je crois bien que je n’ai pas commenté chez toi depuis ton déménagement, mais je continue de lire avec intérêt tes notes littéraires ou sur ton nouveau lieu d’habitation. Merci de nous faire partager tout cela !

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    • 23 novembre 2018 à 10 h 23 min
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      Merci beaucoup ! Je ne connais pas du tout les Fleurs bleues, mais je le note car j’aime vraiment beaucoup Queneau. À bientôt !

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    • 6 décembre 2018 à 15 h 42 min
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      Comme toi, j’aime bien relire les classiques, on est rarement déçu, même si ça arrive. Je viens d’aller rendre le DVD du film (quel bonheur de vivre dans un pays francophone pour trouver des médiathèques riches ; au Japon, c’était plus compliqué !) mais je n’ai pas aimé. J’ai trouvé que le film était très vieilli, daté, et pourtant je reconnais que Louis Malle a très bien rendu certains aspects. J’ai préféré le roman !

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